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L’origine des difficultés

Dans sa note économique, la Direction explique le naufrage par le fait que le fonds de commerce cédé par T-SYSTEMS à NOVIA était très dégradé à fin 2012 mais c’est justement la raison pour laquelle NOVIA a obtenu 37 M€ de T-SYSTEMS dans ce cadre ! Elle poursuit en indiquant que les conditions de la cession (retards, défections, etc.) se sont traduites par une baisse du chiffre d’affaires et une augmentation des pertes par rapport à ce qui était prévu ; également que le fonds de commerce allait se révéler -après le transfert- plus dégradé que l’information à laquelle la direction avait eu accès lorsqu’elle avait négocié la reprise. Bref, Monsieur Dermont se serait fait avoir ! Enfin, la note fait référence à la dégradation du marché français pour les ESN de taille moyenne à partir de l’été 2013, qui serait de l’ordre de -15%, un chiffre tout à fait fantaisiste et que la direction n’a pas justifié malgré plusieurs relances de notre expert-comptable.

La réalité est toute autre : EFFITIC avait également vu sa situation se dégrader très fortement en 2013, suite aux pertes de chiffre d’affaires intervenues fin 2012 et début 2013. L’acquisition du SI de T-SYSTEMS puis la cession d’Effitic à NOVIA constituaient une planche de salut pour un actionnaire aux abois. Par ailleurs le prix de cette cession (3,6 M€ en cash, remontés à l’actionnaire, qui sont venus ponctionner les fonds disponibles pour le redressement) interroge au regard de l’évolution enregistrée par cette société jusque fin 2013.

En 2014, Novia perdait 18,6 Millions (après retraitement des transferts de charge, subventions et reprises de provisions) et sa trésorerie a alors fondu pour ne plus représenter qu’un million d’euros à fin 2014. Plus grave encore, les actions de restructuration engagées étaient minimes au regard de l’ampleur des pertes. Tout se passe comme si la Direction avait préféré s’enfermer dans le déni plutôt que de regarder la réalité en face.

Conséquence logique de l’inaction de la Direction, les pertes sont restées très importantes en 2015. Sur les 8 premiers mois de 2015, le chiffre d’affaires s’est en effet encore réduit de 7% et la perte a atteint 10,7 M€. La situation de trésorerie s’est ainsi à nouveau dégradée, tout du moins jusqu’au dépôt de bilan. Les pertes ont été financées en partie par des décalages de règlement des charges fiscales et sociales, par l’augmentation des ressources apportées par le factor, par la diminution du besoin en fonds de roulement liée à la baisse d’activité et peut-être à l’accélération de la facturation et par le décalage des règlements des dettes fournisseurs.

Nul ne peut vivre éternellement d’expédients : Polymont IT Services a été contraint au dépôt de bilan le 24 juillet et nous impose un projet de restructuration.

Les principes du plan

La Direction a construit son plan sur trois principes :

  • Eviter au maximum de déstabiliser les activités qui vont encore bien,
  • Pousser les plus gros salaires vers la sortie,
  • Epargner l’actionnaire et les Directeurs.

La Régionalisation : Eviter de déstabiliser « ce qui va bien »

C’est ainsi que la Direction a choisi de concentrer les licenciements sur les sites de Saint-Denis, Lyon-Grenoble et Toulouse. Remarquons au passage qu’aucune action de redressement d’envergure n’a jamais été entreprise sur ces sites depuis leur reprise :

  • On a laissé dépérir Toulouse depuis 2009 alors que cette agence a longtemps été l’une des plus rentables, sans même chercher à la céder alors qu’elle offrait de multiples atouts pour des acteurs locaux,
  • Rien non plus n’a été fait depuis 2013 sur Saint-Denis ni Lyon alors que T-SYSTEM avait donné des millions pour le redressement

Ce défaut d’investissement se démontre aussi a contrario : les activités n’ayant pas eu besoin de redressement, comme l’Ouest, ou pour lesquelles l’investissement a été fait, comme CARBASE, sont épargnées dans le présent plan.

Le principe conduisant à la fermeture du site de Toulouse reste encore un mystère à ce jour...

Cette fermeture est injuste : En quoi les salariés de Toulouse sont-ils plus responsables que ceux de l’Ouest ?

Cependant la CFDT a conscience qu’une application nationale des critères aurait été plus désastreuse encore…

Pousser les plus gros salaires vers la sortie

Dans sa première version du plan, la Direction avait présenté un nouveau concept : « L’adéquation économique ». Il s’agissait de ramener pas moins de 103 salaires « excessifs » à un niveau de rentabilité calculé à partir du prix de vente moyen de chaque catégorie et du niveau de marge souhaité par la société ! Grâce à la détermination de la CFDT et des autres Organisations Syndicales, la Direction a été obligé de retirer cette mesure inique.

Reste que le budget 2016 présenté par la Direction avec la nouvelle mouture du plan prévoit une baisse de la rémunération moyenne de 13%. Un tel niveau de baisse ne pourrait être obtenu qu’en faisant partir 100 personnes deux fois mieux payées que la moyenne des salariés. La Direction montre ainsi qu’elle n’a pas renoncé à tailler au maximum dans les catégories les mieux payées.

Nous la suspectons donc très fortement de nous avoir présenté un plan légal en apparence avec l’intention d’en biaiser la légalité lors de son application, par exemple en affectant tel ou tel collaborateur à une catégorie plus visée ou en se trompant dans le comptage de ses points. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les variations dans la cartographie de l’effectif entre les versions successives du projet d’accord.

Chacun sait que la CFDT est trop méfiante mais elle rappelle aux salariés licenciés à tort qu’ils pourront contester en justice leur catégorie et le comptage de leurs points.

Epargner l’actionnaire et les Directeurs

Ce point est véritablement le plus scandaleux :

  • On vit à nos crochets pendant des années et on ne nous rend pas nos millions !
  • On lance un plan social mais on aurait voulu continuer à sponsoriser une écurie de course automobile !
  • On supprime deux des 5 postes d’assistantes de Saint-Denis mais on garde tous nos Directeurs !

La CFDT a milité activement pour « redresser » cette situation mais n’a pas obtenu entièrement satisfaction sur ce point. Sachez cependant que :

- la société n’a plus de « budget de promotion dans l’automobile » (en 2015 et au moins jusqu'à fin 2016),

- le Procureur de la République a confié à la Brigade Financière une enquête préliminaire pour abus de biens sociaux,

- la rémunération du groupe sera fixée au Tribunal de Commerce, au cours d’une réunion où l’actionnaire devra justifier de toutes ses charges entre autres devant le Procureur de la République

Bien évidemment, la CFDT continuera à collaborer activement avec la justice !

Le contenu du plan : Mesures et mesurettes

  • Arrêt de l’activité décisionnelle 10 salariés
  • Arrêt de l’activité SAP 26 salariés
  • Arrêt de l’activité test à Saint-Denis 8 salariés
  • Arrêt de l’activité PLM 1 salarié
  • Arrêt de l’activité Télécom Technique 3 salariés
  • Fermeture du site de Toulouse 33 salariés
  • Réorganisation des fonctions administratives, de production et de management 100 salariés
  • Suppression des voitures de fonction 12 salariés

En tout 174 suppressions de postes (93 à Saint-Denis, 45 à Lyon, 33 à Toulouse et 3 à Grenoble) et 18 « propositions » de modifications de contrat de travail : 7 mutations de Grenoble à Lyon et 12 suppressions de voiture de fonctions (Un « heureux » salarié est « gagnant » sur les deux tableaux !)

Ces mesures sont certes dictées par l’urgence économique mais sont surtout la résultante d’une Direction incapable qui n’a jamais pris les actions nécessaires et d’un actionnaire qui a tué la poule aux œufs d’or en lui suçant jusqu’au dernier sou sans jamais investir pour développer l’activité :

- Pourquoi n’a-t-on jamais cherché à développer ou à céder l’agence de Toulouse, encore rentable cette année ?

- Pourquoi n’a-t-on jamais réussi à constituer un pôle SAP digne de ce nom alors que la technologie est en plein essor ?

Les « mesurettes » quant à elles nous semblent surtout témoigner d’un certain art du camouflage dans la sélection des intercontrats à licencier :

- Il y a 25 personnes dans le pôle télécom à Paris mais il n’y aurait que trois concepteurs télécom ? Seraient-ils en intercontrat et/ou trop payés ?

- La suppression de 12 voitures de fonction vise une population dont les salaires sont importants, bien que souvent justifiés par le service rendu. Le caractère hétérogène de cette population (commerciaux, responsables de pôles, staffing ) rendait difficile la création d’une catégorie spécifique qu’on aurait pu licencier en bloc, il fallait donc se débrouiller autrement.

Analyse de la pertinence du plan

La Direction a construit un budget 2016 de façon à afficher un excédent brut qui permettrait d’envisager le remboursement du passif gelé en juillet et des dettes contractées auprès des AGS depuis le dépôt de bilan.

Ce budget table sur 528 productifs contre 700 sur les 8 premiers mois de 2015. Il inclut :

  • une baisse de la rémunération moyenne de 13%,
  • un taux d’activité très élevé (TACE de 90%),
  • un excédent des embauches sur les départs,
  • une érosion très faible du chiffre d’affaires.

Ce budget est parfaitement irréaliste, aussi irréaliste que celui qu’on nous présente tous les ans. Disons le mot : Il est mensonger :

  • Un tel niveau des salaires ne peut être obtenu qu’en faisant partir 100 personnes deux fois mieux payées que la moyenne des salariés,
  • Un tel niveau de TACE supposerait qu’on fasse partir tous les intercontrats et que les salariés en mission ne reviennent jamais de clientèle. Ajoutons qu’Effitic, au plus haut de sa forme n’a jamais dépassé 85% de TACE,
  • Qui peut encore croire qu’une entreprise en redressement judiciaire réalisera plus d’embauches qu’elle n’enregistrera de démissions alors même :
    • Qu’elle a détruit de l’emploi chaque année jusqu’ici,
    • Que les démissions pleuvent dans l’ouest en ce moment.
  • L’évolution du chiffre d’affaires est fortement compromise du fait du contexte de redressement judiciaire (marchés publics sur lesquels nous ne pouvons plus concourir, anciens clients chez lesquels nous ne pouvons plus intervenir). Sans compter les avatars annexes comme l’arrêt du contrat VGF ou le non renouvellement par ARKEA de 2 TMA à Brest.

Nous projetons donc une perte 2016 dans le meilleur des cas de 3 millions et beaucoup plus probablement de 6 millions.

L’Administrateur précise qu’il doit attendre la mise en œuvre du plan en janvier et les premiers indicateurs d’activité pour vérifier que la Direction ne réalise pas son budget et recommander alors au Tribunal de Commerce de passer en plan de cession.

Compte-tenu de l’incertitude actuelle sur le niveau de trésorerie et donc sur le temps que peut encore tenir la société, la CFDT a demandé plusieurs fois à l’Administrateur d’anticiper au maximum les démarches de cession de sorte de disposer du temps nécessaire pour trouver repreneur pour le plus possible des meilleurs "morceaux".

Le restant des salariés (ceux qui n’auront pas été repris) devra alors être licencié.

Pour la CFDT, le seul intérêt de ce plan est donc :

  • D’attirer les éventuels repreneurs en leur montrant que « Le ménage a été fait »,
  • De prolonger un petit peu le malade afin de trouver un repreneur pour le maximum de salariés

La CFDT à votre service

La CFDT renforce son dispositif de soutien et d’accompagnement pendant toute la durée du plan. Ce dispositif est différent selon les sites. Prenez contact avec vos interlocuteurs locaux, ou par défaut à

contact (at) cfdt-novia.fr.

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